MÉDITERRANÉE

Vauban va intervenir sur 10 villes (dont 4 dans le département des Alpe Maritimes). Il élaborera et participera à 3 projets d’amélioration d’enceintes urbaines, 2 citadelles, 17 améliorations ou créations de forts, batteries et redoutes, 1 renforcement de fortifications (Nice 1691). Il procèdera à la préparation de 3 études et projets restés sans suite. Il contribuera au démantèlement d’un site fortifié (Nice en 1705).

ANTIBES (06)

ANTIBES ENCEINTE URBAINE

Vauban fait une première visite à Antibes date de 1682. Il vient inspecter les travaux de son ingénieur Niquet sur l’enceinte urbaine. Il s’agit de renforcer la première place face à la frontière du Var et à Nice qui à l’époque était une place forte considérable sans cesse renforcée par le duc de Savoie ; Vauban a toujours considéré que « la place de Nice et tout le comté de Nice sur lequel le Roi a des droits très bien établis conviennent parfaitement à la France par la raison que ce pays, dans toute son étendue partage les sommets des plus hautes Alpes avec le Piémont, qui sont les bornes naturelles de la France du côté de l’Italie, telles que Dieu les a créées et qu’elles devraient être à notre égard. D’ailleurs cette place et le port de Villefranche conviennent à notre frontière comme les doigts de la main, si bien que l’ennemi ne pourrait jamais rien entreprendre de considérable sur la Provence s’il n’est maitre de Nice et de Villefranche ». Il pressent qu’il faut doter cette place frontière d’un port, tout comme, à l’autre bout de la côte méditerranéenne en Roussillon, il contribuera à créer Port-Vendre. Il développera et renforcera cette enceinte urbaine en ajoutant trois demi-lunes et trois cavaliers de terre à l’enceinte de quatre bastions des frères de Bonnefond. Les travaux seront conduits par l’ingénieur Niquet. Le port est désormais englobé dans le système de défense et sera creusé à partir de 1680. Vauban conçoit pour Antibes des projets encore plus importants prévoyant de relier le Fort Carré à la ville par une grande enceinte bastionnée qui ne sera pas réalisée faute de moyens financiers. Ce renforcement d’Antibes portera ses fruits puisque la ville assiégée à deux reprises par terre et bombardée par mer en 1707 et en 1747 ne se rendra pas. La population demanda alors l’arasement des remparts, afin de ne pas bloquer le développement de la ville trop à l’étroit dans ses murs et qui entendait profiter de l’essor naissant du tourisme. Ceci sera fait entre 1895 et 1900o.

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ANTIBES FORT CARRE

Le fort est construit autour de la tour de St Laurent (1550-1553), d’un diamètre intérieur de 23 m et d’un diamètre extérieur de 32 m. Les murs en sont très épais (environ 4,5 m) et la hauteur totale de la tour est de 20 m, ce qui lui permet de voir loin et de surveiller la baie des Anges, l’embouchure du Var et les sorties de la ville et du château de Nice. Les quatre bastions sont de forme très pointue (angle de 40 et 47°) pour offrir moins de prise à l’artillerie des vaisseaux attaquant ou des batteries de terre d’un assaillant. La distance entre chaque bastion est de 70 mètres et l’épaisseur des murs de 2 mètres aux embrasures. La garnison en temps de paix est de 50 hommes et de 200 en temps de guerre soit deux compagnies de l’époque. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont réservés au logement des troupes. De nombreux magasins servent aux approvisionnements. Une chapelle desservie par un aumônier existe dans le fort. Celui-ci est équipé d’une citerne de 60 M3. La maison du Gouverneur est construite sur l’une des faces du bastion d’Antibes. La construction de ce « Fort Carré » représente une puissance formidable pour l’époque et constitue la réponse du Royaume de France aux fortifications savoyardes contemporaines du Mont-Alban, de la citadelle de Villefranche et du château de Nice. Sa conception est due aux ingénieurs Saint- Rémy puis de Bonnefonds ; Ces travaux seront repris dans la seconde moitié du XVIIème siècle par l’ingénieur Antoine Niquet sous la direction de Vauban qui vient à Antibes pour la première fois en 1682. Il y reviendra lors de ses deux grands voyages d’inspections dans les Alpes en 1693 et en 1700.  Vauban ajoutera à ce fort, des dehors mais ne pourra pas réaliser toutes les améliorations prévues. Tel quel, l’ensemble formé par le Fort Carré et l’enceinte urbaine d’Antibes fera preuve de son efficacité en résistant en 1707 d’abord, puis durant 57 jours en 1747, aux assauts conjugués des troupes austro-savoyardes et aux bombardements des flottes hollandaise et anglaises. Le rattachement du Comté de Nice à la France en 1860 amena le déclassement de la place.

ANTIBES BATTERIE DU GRAILLON

Ce lieu est stratégique car de ce promontoire, on peut interdire tout débarquement sur les plages de ce qui est aujourd’hui Juan les Pins, ce qui aurait permis à une flotte ennemie de séjourner dans la rade abritée du « Gourjean » et de mettre à terre un corps de débarquement et de l’artillerie de siège, pour investir ensuite la place d’Antibes située à moins d’une lieue. Son importance n’est pas moindre pour interdire l’entrée dans cette rade par la grande passe Est, à condition de pouvoir croiser les feux avec la batterie située devant l’îlot de la Tradelière à l’extrémité est de l’Ile Sainte Marguerite. Il semble qu’une tour à canons ait été construite au Graillon sous Richelieu. A cette période, de Toulon à Antibes, et après la descente des flottes espagnoles aux Iles de Lérins, on mettait en place des batteries côtières d’interdiction des rades les plus abritées contre le Mistral ou le Ponant qui on l’a vue pouvait en une journée compromettre les opérations de débarquement. Cette tour est décrite comme devant pouvoir loger 25 hommes et 6 pièces de canon. Vauban prescrit divers aménagements de la tour et des batteries du Graillon. Elle comporte une redoute, une batterie de 6 pièces de 36, un magasin à poudre et un four à rougir les boulets.  Les anglais la feront sauter pendant les opérations de siège de la place d’Antibes, durant la guerre de Succession d’Autriche en 1747. En 1862 de la tour est restaurée avec un réduit de batterie directement transformé en magasin ; le corps de garde ressemble à un réduit de batterie 1846 avec toiture à deux pentes. Ces fortifications seront déclassées à, la fin du XIXè

CANNES (06)

CANNES FORT DE SAINTE MARGUERITE 

Appartenant aux Îles de Lérins, face à la ville de Cannes, l’île Sainte-Marguerite est dotée d’une forte valeur stratégique depuis l’Antiquité. La première fortification est remplacée par un château médiéval jusqu’au XVIe siècle. En juillet 1524, les Espagnols débarquent une première fois sur l’île de Sainte-Marguerite pour bloquer le port de Cannes. Ils reviennent le 14 septembre 1535 et édifient de nouvelles fortifications autour du château primitif. En 1617, le duc de Guise charge Jean de Bellon de réaliser la construction d’un fort destiné à verrouiller l’accès à Cannes. Édifié de 1624 à 1627, sur l’emplacement des fortifications précédentes, il ne s’agit alors que d’une modeste maison fortifiée. Ce petit ouvrage est agrandi et renforcé par les Espagnols qui occupent l’île des Lérins à partir de 1635. Ils y construisent deux bastions et les premières casernes. En 1637, les Français reprennent les îles des Lérins et donnent à la Citadelle le nom de fort Royal. L’ouvrage est renforcé : les fossés sont approfondis, les courtines surélevées et deux demi-lunes sont reliées au fort par des passerelles surélevées. En 1682, Vauban propose des modifications pour le fort qui seront appliquées par l’ingénieur Niquet, ingénieur général des fortifications du Dauphiné, du Languedoc et de Provence. Après un 1er projet de 1682, non réalisé, Vauban propose un ensemble d’améliorations en 1692, puis de nouveau en 1700. Certaines sont réalisées sous la direction de Niquet, entre 1693 et 1700 : Le chemin-couvert est refait, de même que les demi-lunes et les contrescarpes, nouveau magasin à poudre, achèvement de la partie supérieure de la porte Royale, avec à l’étage un pavillon couvert d’un toit, servant de corps de garde. À l’issue de tous ces chantiers le fort Sainte-Marguerite présente son aspect actuel : celui d’un pentagone bastionné irrégulier doté de trois fronts côté terre. Ceux-ci comportent trois bastions et un demi-bastion, deux demi-lunes, des fossés secs, des places d’armes rentrantes et une place d’armes sortante, une contrescarpe et un chemin couvert à traverses, une citerne, un magasin à poudre. . Deux portes permettent l’accès : la porte Marine à l’ouest protégée par un redan, et une porte dans le front sud-est : la porte Royale. Le front de mer est défendu par une muraille. À l’intérieur, quatre casernes (Saint-Hilaire, Saint-Honorat, Saint-Macaire et Saint-Urbain) ont été construites d’après le plan-type imaginé par Vauban. On y trouve aussi un puits, une maison du gouverneur, des logements pour les ingénieurs, le curé et le major, des magasins d’artillerie, une chapelle et une boulangerie. Le magasin à poudre principal se trouve dans le bastion sud, dit bastion Royal. Les nouvelles prisons construites après 1692. Le fort actuel de forme pentagonale est dans l’état prescrit par Vauban. On y entre par la porte Marine, on passe entre les casernements pour la troupe et les officiers, on longe la terrasse ponctuée de guérites offrant une vue magnifique sur la rade de Cannes et sur celle de Golfe Juan. En 1693, Vauban préconise des travaux complémentaires sur la place. A l’à-pic sur la mer, les prisons ont été construites après la visite de Vauban en 1693. Le 5 novembre 1703Antoine Niquet écrit dans une lettre «… il y a bien d’autre chose à faire à cette place pour la mettre en état de deffence mais à quoy bon ?… elle ne garde ni port ni rade… elle n’est par conséquent bonne à rien, son entretien, sa garnison sont à charge de l’État». Ces prisons ont eu à travers les siècles comme prisonniers, des pasteurs protestants, l’homme au « masque de fer », Jouffroy d’Abbans inventeur du premier bateau à vapeur enfermé là par sa famille sur lettre de cachet, la famille d’Abd el Kader et le maréchal Bazaine qui s’évadera dans des conditions rocambolesques.  Cette vocation perdure jusqu’au XXè. Sous Louis Philippe et Napoléon III, un réduit de batterie modèle 1846 fut construit à la pointe de la Tradelière, afin de protéger les batteries qui croisaient leurs tirs avec la batterie du Graillon au cap d’Antibes pour défendre l’entrée Est de la rade de Golfe Juan. Celle-ci était en outre défendue par le fort de la Croix, élevé sous Louis XIII face au Fort Royal, pour en interdire l’entrée Ouest, le fond de la rade étant lui défendu par les batteries de la pointe Fourcade et de la Gabelle.. Le fort et l’île sont classés au titre des Monuments historiques. Le plan relief de l’île et du fort réalisé au 1/2200e (échelle du fort 1/1174e), construit en 1728 et restauré en 1816 et 1920, est exposé au musée des Plans-Reliefs de Paris

CANNES RISBAN DU GOURJEAN RADE DE CANNES (projet) :

Dans son rapport daté du 9 mai 1682, adressé à Louvois, Vauban écrit : « J’ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je passasse en m’en revenant aux Iles Ste -Marguerite et St -Honorat afin de vous rendre compte de l’état de leurs fortifications. En passant j’ai traversé la rade du « Gourjean » extrêmement estimée de tous les gens de mer, aussi est-elle très belle, grande, spacieuse et abritée comme un port. Il parait un petit écueil dans le milieu qui en fait comme le centre où je ne pus aller parce qu’il faisait trop de mer, mais j’ai chargé Corneille d’en prendre le plan et de sonder l’alentour et de lever une carte de toute la rade bien au juste parce que, si on pouvait bâtir une tour de 8 à 10 toises de diamètre sur cet écueil ,en rétablir deux ou trois qui furent autrefois démolies sur les petits corps avancés du rivage, l’effet de tous ces petits postes joins à celui du Fort Ste Marguerite feraient un feu croisé de canons sur toute la rade qui la rendrait assurée comme un port». Lors de son passage dix ans plus tard le 8 mars 1693, Vauban y revient : « J’ai traversé le « Gourjean » dont j’ai visité le milieu et les environs ; je connais présentement assez bien cette rade pour pouvoir ( quand il plaira au Roi) bâtir un « Risban » dans le milieu et des tours et batteries à deux ou trois endroits des environs moyennant quoi le mouillage en sera interdit à tous les vaisseaux ennemis ». Plus tard il écrira encore « la rade du « Gourjean » est une dépendance d’Antibes qui peut beaucoup contribuer à la bonté de cette place et à la fermeté de nos armées en nous en rendant bien les maitres comme je crois très possible de le faire, ainsi que vous le pourrez voir par son projet dans lequel sont marqués toutes les croisés du gros canon tiré à peine plus de demi-volée». « Ledit projet se compose de son mémoire et de 8 feuilles de dessins dont la première contient le plan de la rade. Le dossier comprend le plan de l’une des deux grandes batteries avec tous les étages de la tour, les profils de la batterie, de son fossé du côté terre et des mesures chiffrées de toutes les mesures requises à leur construction, les plans et profils de l’une des batteries de mer elle peut servir à toutes les deux. L’ensemble, signé de la main de Vauban, le projet de « risban », sorte de tour à canon situé au centre de la rade sur un récif appelé aujourd’hui « la Fourmigue » comme Vauban en a construit au même moment à St Malo (fort de la Conchée). Ce projet restera sans suite

NICE (06) :

Ville d’origine antique, les premières fortifications connues datent du XIe siècle. Au XIVè, l’enceinte et le château atteignent leurs plus grandes extensions. Lorsque le comté de Nice est rattaché au duché de Savoie en 1388, le mécontentement de la France alimente un contentieux de frontière qui dure plusieurs siècles et ne sera résolu qu’en 1860 lors de son annexion à la France. Dans ce contexte, le gouverneur savoyard Nicod de Menthon remanie le château en 1437. Mais ces travaux se montrent insuffisants face aux évolutions de l’artillerie. Le duc Charles II de Savoie ordonne l’édification des premières fortifications modernes à partir de 1517. L’architecte André Bergante de Vervua construit ainsi trois bastions, dits Saint-Charles, Saint-Victor et Saint-Paul, autour du château qui devient une citadelle. Ces premiers ouvrages, semblables à des tours, sont des édifices de transition. Le système défensif est perfectionné entre 1560 et 1580 par les ingénieurs Boiero, Paciotto et Vitelli, sur ordre d’Emmanuel-Philibert Ier de Savoie. Un ouvrage à corne comportant deux bastions à orillons est bâti devant les tours Saint-Victor et Saint-Paul et les courtines du château sont abaissées. Premier siège en 1543 de juin à septembre, Les franco-turcs réussirent à prendre la ville mais ne purent venir à bout de l’héroïque résistance du château et doivent se retirer à l’arrivée de l’armée de secours commandée par Charles II de Savoie pour le compter de Charles Quint. A la suite de cela, la ville est transformée à partir de 1543. Le tracé est rapproché de la mer au sud et remonté vers le fleuve du Paillon au nord, englobant ainsi une superficie plus importante. En 1557, le fort du Mont-Alban est construit. Le XVIIe siècle procède à quelques ajouts pour d’ultimes perfectionnements. La citadelle reçoit trois lunettes avancées : deux devant l’ouvrage à corne, dites de Sainte-Croix et Saint-Jacques, une troisième dite de Saint-Jean qui protège le chemin d’accès et un chemin-couvert. L’enceinte urbaine est également doter de deux bastions pour couvrir les portes Pairolière et Marine. Ces travaux sont réalisés à partir de 1677 à la demande du cardinal Maurice de Savoie, gouverneur de la ville et du comté de Nice. Le deuxième siège de 1691 eut lieu pendant la guerre dite de la ligue d’Augsbourg. Le duc de Savoie Victor Amédée II s’étant déclaré pour l’Empereur d’Allemagne, Louis XIV chargeât le Maréchal de Catinat de conquérir le Comté de Nice. Il prit conseils auprès de son ami Vauban pour arrêter les plans de campagne. Son armée passa le Var le 12 mars 1691 et s’empara d’abord des forts de l’Hospice sur la presqu’île de St Jean Cap Ferrat construit entre 1610 et 1615 qui participe de la défense des approches orientales de Nice. La ville et la citadelle furent soumises à un siège en règle avec côté français 21 ingénieurs travaillant en trois brigades et à un violent bombardement au cours duquel les bombes françaises mirent le feu aux magasins à poudre faisant sauter une bonne partie du château dont la garnison capitula le 5 avril 1691. L’ingénieur Antoine Niquet travailla durant 5 ans à la réfection de la citadelle et Vauban inspecta les travaux en 1693. Il préconise de garder les fortifications niçoises et de les améliorer au lieu de les détruire. Ce travail ne servit qu’aux savoyards puisque le Comté et la place de Nice furent rendus au duc de Savoie par le traité de Ryswick en 1696. Le duc de Savoie fit poursuivre les travaux engagés par Vauban. Le troisième siège a lieu en 1705. Comme en 1691, le Mont Alban, le St Hospice et la citadelle de Villefranche capitulèrent assez rapidement. Dans la soirée du 15 mars on ouvrit la tranchée devant la ville de Nice. La canonnade dura jusqu’au 10 avril, date à laquelle les consuls de Nice offrirent la capitulation de la ville. La garnison se retira dans le château. Le siège repris en octobre 1705. Vauban désormais Maréchal de France prépara un projet de siège, marquant sur le plan l’emplacement des batteries, donna des instructions précises pour obtenir des ricochets efficaces et toutes sortes d’autres instructions. Il écrit : « je voudrais par une méthode nouvelle à laquelle on ne s’attend point, attaquer le château par le coté de la ville joignant le bord de la mer où la place n’est revêtue que d’une simple muraille, parce que l’on ne s’est pas méfié de ce côté-là et que l’on se croit à l’abri par son escarpement. J’ai remarqué que la pente n’en était pas impraticable. Si l’on s’y prend de cette manière, l’on perdra peu de monde et l’on prendra en un mois le château, …». Le duc de Berwick qui s’illustrera dans les Alpes durant toute la période, fut chargé de conduire le siège. le 5 janvier le château capitulait. Vauban, comme en 1691 recommande de remettre en état la citadelle et les fortifications de la Ville. Mais Louis XIV l’entend autrement et envisage ni plus, ni moins, la destruction des fortifications de Nice. Une offre publique de promotion immobilière est immédiatement réalisée pour poursuivre les chantiers de démolition qui s’achèvent vers 1715-1723.  Devant la menace qui militarise sa ligne de crête, la France saisit le danger et réplique en faisant construire entre 1880 et 1900, sous l’impulsion de Séré de Rivières, une multitude de forts, casemates et batteries le long des montagnes du Mercantour, depuis l’Authion jusqu’à la côte sur les hauteurs de Nice. Il ne subsiste plus d’élément des fortifications de Nice. Des quartiers neufs, des boulevards et une gare ferroviaire ont réoccupés leurs emplacements. Le rocher de la citadelle est transformé en parc urbain.

NICE FORT DU MONT ALBAN (06) :

Le siège de Nice en 1543, occasionne de nombreuses destructions dans le système défensif de la ville. Sur un projet de Gian Maria Olgiati, ingénieur général militaire de Charles Quint, le duc de Savoie Emmanuel Philibert décide de fortifier la frontière maritime des États de Savoie par la construction d’un nouveau fort, entre les forteresses de Villefranche (citadelle Saint-Elme) et de Nice (château de Nice). Sa réalisation est confiée à l’architecte-ingénieur Domenico Ponsello sous la direction du capitaine général des galères ducales André Provana de Leyni. La première pierre est posée le 5 avril 1557. Ponsello édifie un fort bastionné selon un tracé dit en étoile pour répondre aux nouvelles techniques de l’artillerie en usage au XVIe siècle. Il est construit sous la direction de Provana de Leyni (maître d’œuvre). André Provana de Leyni le nomme « mont Alban » (sans doute en référence à la couleur blanche de la roche calcaire du site). En 1557, le fort du Mont-Alban est projeté pour contrôler la hauteur dominant Nice et le col reliant cette dernière à Villefranche-sur-Mer. Il forme un carré de 40 m de côté à quatre bastions d’angle. Les bastions sont dotés d’échauguettes et de casemates pour le logement des soldats. Pour y entrer, il faut franchir un escalier coudé puis un pont levis percé dans le front est. Sa garnison ne dépassait pas 50 à 70 hommes. il couvre à la fois le port de Nice, la rade et la citadelle de Villefranche sur Mer. Il constitue un obstacle important sur le chemin de Nice à Vintimille. Lors de la guerre de la ligue d’Augsbourg, le comté de Nice est le théâtre d’affrontements et le fort se rend sans combattre le 21 mars 1691 aux troupes du maréchal de Catinat. Le fort du Mont-Alban, trop petit et doté d’une faible garnison, ne peut résister. Une fois investi par l’ennemi, le « relais défensif » se retourne contre le chaînon principal du système, la citadelle. Placée en contrebas, menacée par une canonnade terrible, elle est chaque fois obligée de se rendre. Seul un agrandissement des forts aurait pu en faire des places inexpugnables… Mais la configuration du terrain et le coût empêchent les adaptations nécessaires. Toutefois, à l’instar de Vauban qui admire l’œuvre géniale d’Olgiati, les troupes françaises respectent la fière et noble citadelle. La « formidable forteresse » devenue obsolète est sauvée alors que la tour de La Turbie, le fort Saint-Hospice et le château de Nice sont rasés en 1706! Après avoir été annexé par la France en 1792, le Comté de Nice revient au roi de Sardaigne en 1814 avec la Ligurie ainsi le de littoral des États Sardes s’étend de Nice à La Spezia. Il reste occupé jusqu’en 1696.. 1715-1723. Durant cette période, le fort du Mont-Alban ne subit pas de modification Le traité d’Utrecht le rend à la Savoie en 1715. Durant la guerre de la succession d’Autriche, il connaît une nouvelle offensive menée par l’armée gallispane (franco-espagnole). Le fort est évacué le 21 avril 1744. Après plusieurs tentatives, il est récupéré par les Piémontais en février 1748. Dans l’offensive révolutionnaire de 1792, il est de nouveau occupé par les Français. En 1800, lors de la deuxième campagne d’Italie, grâce au télégraphe optique, la garnison républicaine encerclée peut transmettre, depuis le fort, des messages à son commandement situé sur l’autre rive du Var. Le 28 mai 1800, il tire son dernier boulet. Le fort du Mont-Alban, conservé intégralement, est cédé à la ville de Nice en 2007 par le Ministère de la Culture. Témoignage de la fortification bastionnée savoyarde, c’est l’un des rares forts du XVIe siècle qui nous soit parvenu sans modification postérieure.

MARSEILLE (13) :

MARSEILLE ENCEINTE URBAINE :

Fondée par les Grecs au Ve siècle avant notre ère, Marseille possède des fortifications urbaines depuis l’Antiquité, dont une porte monumentale à bossage subsiste dans le jardin des Vestiges. La tour Maubert, édifiée au XIIIe siècle, est chargée de tendre une chaîne pour barrer la passe d’entrée du Vieux Port. Sa mission consiste également à contrôler les points de péage portuaires. Cette tour est remplacée en 1447 par la tour du roi René. En 1611, elle reçoit un poste de garde et se présente sous une forme carrée à mâchicoulis. En 1644, le dispositif est renforcé par la tour du fanal, une tour de guet à toit hémisphérique et portant des feux, à l’extrémité ouest du promontoire Saint-Jean. François Ier décide construire un fort triangulaire sur la colline de la Garde. Le chantier ne commence qu’en 1545, c’est le premier chantier moderne à Marseille. Le fort Notre-Dame-de-la-Garde est de plan triangulaire. Ses courtines mesurent 55, 75 et 85 mètres de long. La porte d’entrée est dans le plus petit front, protégée par un pont-levis et précédée d’un escalier. Les fondations du fort seront plus tard intégrés dans la construction de la Basilique. En 1660, Marseille est assiégée par l’armée royale après sa rébellion contre Louis XIV. En février de cette même année, le roi charge le chevalier de Clerville de construire deux forts à l’entrée du port, pour le protéger mais surtout pour surveiller la ville frondeuse : le fort Saint-Jean et le fort Saint-Nicolas En 1679, puis en 1701, Vauban visite Marseille et se montre très critique envers les fortifications planifiées par Clerville. Il n’y apporte cependant aucune modification. Louis XIV n’a pas suivi les recommandations de Vauban qui souhaitait des défenses importantes. En 1669, le port est réaménagé pour recevoir l’arsenal des galères par l‘intendant Nicolas Arnould et l’ingénieur Antoine Niquet sur ordre de Colbert. En 1672, les remparts préexistants au siège de 1660 sont rasés. Ils sont remplacés en 1694 par une nouvelle enceinte multipliant par trois la surface intra muros. Cette nouvelle enceinte n’a toutefois aucune valeur militaire, il s’agit davantage d’une clôture fiscale. La nouvelle trame urbaine établie sous la conduite d’Arnould est orthogonale, axée sur une avenue principale reliant les deux places neuves, près des portes d’Aix au nord et de Rome au sud. L’extension urbaine est prévue pour loger des bourgeois et les ouvriers habitants la vielle ville. L’architecte Pierre Puget réalise une place publique supplémentaire. Le chantier est entrepris en 1689 et s’achève vers 1780. En 1790, les fronts urbains du fort Saint-Nicolas sont démolis par les Révolutionnaires mais sont reconstruits par mesure de protection sous la Convention (1792-1795). Le fort Saint-Jean est isolé de la ville par le creusement d’un nouveau bassin portuaire de la Joliette en 1844. Les trois forts sont réaménagés sommairement par les Allemands entre 1942 et 1944 qui y ajoutent de petits blockhaus. Le fort Saint-Jean est ouvert au public. L’ensemble fortifié du fort Saint-Nicolas a été coupé en deux par le percement d’une route en 1862. Le bas fort relève de la Défense et abrite un mess des officiers, des salles de réunion et des appartements privés ; le haut fort a récemment été aquis par la ville de Marseille. Le fort Notre-Dame-de-la-Garde, réduit à un soubassement, sert de support à une basilique depuis le Second Empire. Le plan-relief du fort Saint-Nicolas est exposé au Musée des Plans-Reliefs de Paris.

MARSEILLE FORT SAINT NICOLAS

est construit en vis-à-vis du fort Saint-Jean ; le chantier commence dès 1660, conduit par les ingénieurs Desjardins et de Chastillon, et se termine en 1664. Ce fort comprend deux ouvrages distincts : le Haut Fort dit d’Entrecasteaux et le Bas Fort dit Fort Ganteaume. Le Haut Fort est un losange à quatre bastions d’angle : trois bastions sont à flancs perpendiculaires aux courtines et le quatrième est à flancs ouverts. Le Bas Fort permet de relier le Haut Fort à la mer. Le plan défensif en étoile, cher à Vauban, en fait le plus remarquable ouvrage d’art militaire des Bouches-du-Rhône. Les maçonneries de l’enceinte, de grand appareil, sont bâties en calcaire rose de La Couronne. Les angles sont chaînés à bossages, le mur d’enceinte est parcouru d’un cordon continu.. Tout comme le fort Saint-Jean, son rôle est davantage de surveiller la ville que d’améliorer sa défense. Tout le versant ouest de la colline Saint-Nicolas est ainsi occupé. Après 1664, Vauban fait ajouter des batteries rasantes et une fausse-braie autour du Bas-Fort. En 1864, la création du boulevard de l’Empereur (actuel boulevard Charles Livon) isole les deux forts. Entre1859 et 1863, est construit en contrebas des remparts du fort d’Entrecasteaux la caserne militaire Saint Victor (actuelle caserne d’Aurelle. Un monument commémoratif de la Seconde guerre est établi dans l’ancien moulin en 1954 . Le fort Saint-Nicolas est classé en totalité par un arrêté du 14 janvier 1969.

MARSEILLE FORT SAINT JEAN

est bâti en absorbant la tour du roi René et la tour du Fanal. Il se présente sous la forme d’un front bastionné à courtine et porte centrale entourée de deux demi-bastions, côté terre. Côté mer, il épouse le rivage avec une poterne contre la tour du Roi René. Les travaux commencent en 1668 sous la direction de Clerville. Vauban prend la succession en 1678 et faut creuser un large fossé destiné à isoler le promontoire. En 1679, puis en 1701, Vauban visite Marseille et se montre très critique envers les fortifications planifiées par Clerville. Il n’y apporte cependant aucune modification. Louis XIV n’a pas suivi les recommandations de Vauban qui souhaitait des défenses importantes. En 1669, le port est réaménagé pour recevoir l’arsenal des galères par l‘intendant Nicolas Arnould et l’ingénieur Antoine Niquet sur ordre de Colbert

MARSEILLE ARCHIPEL DU FRIOUL :

FORT  RATONNEAU :

A 75 m d’altitude, le fort de Ratonneau  est implanté sur le sommet de l’île du même nom.  On ne sait qui des Toscans ou des Marseillais posa la première pierre vers 1597. Les Toscans appelés au secours du comte de Beausset, gouverneur du château d’If, pour mâter la rébellion de Marseille ont bien établi les plans d’une forteresse dénommée Santa Cristiana mais ils correspondent mal aux plans des constructions réalisées au début du XVIIème. Le Fort de Henry IV construit entre 1598 et 1610 est particulièrement imposant. Il comporte quatre niveaux et s’étend sur 450m de long avec une largeur moyenne de 50m. Le donjon est une tour hexagonale inscrite dans un cercle d’environ 18m de diamètre.  Le troisième niveau qui couvre le plateau supérieur de l’île comporte des casernements voûtés sous les terrasses à canons et un corps de garde. A l’est et à l’ouest, le deuxième niveau surplombe des retranchements qui longent l’arête rocheuse des sommets. Comporte deux citernes contenant ensemble 360000 litres et deux fours à pain pour 1500 rations par jours. Très rapidement on se rendra compte que les îles de Pomègues et Ratonneau sont indéfendablesècle. Renvoyés chez eux en 1598 contre 200 000 écus, Henri IV charge Raymond de Bonnefons de fortifier les îles.

CHATEAU D’IF :

Il s’agit de la plus petite île de l’archipel du Frioul. Le château d’If est la première forteresse royale de Marseille. La seconde est le fort Notre-Dame construit après 1536 toujours sur l’ordre de François Ier. Cela devint le site constitutif de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde. La construction s’inscrit dans un projet de contrôle des côtes provençales : Marseille est au XVIe siècle « la plus belle fenêtre du royaume de France en Méditerranée du nord ». Le principal atout du bâtiment est sa situation au centre de la rade Nord de Marseille sur les routes de navigation les plus fréquentées. Le chantier a débuté à la mi-avril 1529, la date de fin de chantier n’est pas connue. La première garnison et son gouverneur sont en place dès 1531. Une partie des matériaux de construction proviennent du siège de Marseille par les Espagnols en septembre 1524. Le fort a lui-même le plan d’un carré avec des côtés d’une longueur de 28 mètres, flanqué de 3 tours cylindriques. Il se compose de trois niveaux. Chaque tour comporte de grandes ouvertures. La tour Saint Christophe (1) dans le nord-ouest est la plus haute tour et permet de surveiller la mer, à 22 m de hauteur. La tour a été construite de 1524 à 1527, et la tour résidentielle associée date de 1529. Les tours Saint Jaume et Maugovert sont à l’opposé au nord-est et au sud-est du fort. Les tours sont reliées entre elles par une terrasse spacieuse sur deux étages. Le salon et la cuisine sont au rez-de-chaussée et des casemates se trouvent au premier étage. Les trois tours rassemblaient une puissance de feu considérable, ce qui faisait du Château d’If une puissante citadelle. Cet ensemble n’a pas vraiment de poids stratégique. Vauban en conste les faiblesses dans un rapport cinglant en 1701 : « les fortifications de ressemblent à la roche, ils sont parfaitement restitués, mais très grossièrement et sans précaution, avec beaucoup d’imperfections. Le tout ayant été très mal construit et avec peu de soin… Tous les bâtiments, très grossièrement faits, sont mal faites. ».  En 1702 Vauban fit ajouter une maison de garde, à droite avant la sortie de la forteresse, la caserne Vauban. Le château et le mur d’escarpe entourant l’îlot ont été classés MH le 7 juillet 1926.