LES ALPES

FORT L’ECLUSE (01) :

Positions stratégiques de premier ordre, il fut l’enjeu de nombreux conflits militaires. En 1305, Jean Ier de Châlon, seigneur d’Arlay, partisan du dauphin de Viennois, s’en empare de vive force ; puis il est pris et repris en 1311 et 1318. en 1325, Édouard de Savoie ne pouvant s’en rendre maître, après neuf jours de siège, l’achète de la trahison du commandant de la place, qui sera pendu pour sa félonie. Le château devient savoyard et est érigé en chef-lieu de châtellenie. De cette époque il subsiste notamment la tour semi-circulaire dite « Tour de César » du XIIIe siècle et divers bâtiments du XVe siècle.Vers la fin du XVe siècle, d’importants travaux de restauration et de consolidation sont entrepris. En 1536, les troupes bernoises s’en emparent et ne le restituent aux savoyards qu’en 1564 avec le traité de Lausanne. En 1589, l’armée des confédérés protestants de Berne l’attaque en vain, mais le force à capituler, le 21 avril 1590. Le 1er mai suivant, Amédée de Savoie, frère du duc Charles-Emmanuel, le reprend aux Bernois. En 1600, il ne peut résister aux troupes du maréchal de Biron, et le traité de Lyon de 1601 l’assure à la France. Il va alors subir une complète transformation et ne rien rester de l’ancien système de défense. Si Vauban n’intervient pas directement sur le fort, les préoccupations du moment quant à l’influence considérable de l’artillerie dans les conflits conditionnent de nouveaux aménagements. En 1677, les fossés transversaux sont creusés et les murailles à nouveau rehaussées. Entre 1690 et 1700, des embrasures d’artillerie sont ajoutés sans le mur d’enceinte et la porte de Genève est surélevée, couverte d’une tour casematée, les ingénieurs du Roi aux ordres de Vauban vont doter le site d’une enceinte et d’une tour ronde (1638), de fossés et d’un renforcement de la muraille (1677), d’embrasures d’artillerie, d’une casemate, d’une passerelle (1690-1700), d’une place d’arme, d’une plate-forme d’artillerie, d’une nouvelle enceinte. Il est encore modifié en 1720, sous Louis XV, par le directeur des fortifications Biancolelli avec la création d’une route passant à l’intérieur du fort (1721-1723). Entre 1721 et 1723, Louis XV y fait construire une fausse braie pour inclure la route Lyon-Genève dans l’enceinte du fort permettant de la couper en cas de guerre. Détruit suite au siège autrichien de 1815, le fort est finalement reconstruit à partir de 1821. Trois bâtiments principaux sont réalisés, voûtés sur un ou plusieurs étages. Après la reconstruction complète du fort, la nécessité de le protéger par le haut apparaît. En 1834, après de nombreux projets refusés, le général Haxo accepte de construire un nouvel ouvrage de protection dénommé le fort supérieur, dont les travaux s’achèvent en 1848. Le rattachement de la Savoie à la France en 1860 et le percement d’un tunnel routier sous le fort font perdre tout intérêt à la place forte. Ce fort est relié à celui d’en bas par une longue galerie souterraine, composée de 1165 ou 1188 degrés. Avec le rattachement de la Savoie à la France en 1860, Fort l’Écluse perd tout intérêt stratégique. Durant la Seconde Guerre mondiale le fort est occupé par l’armée allemande, puis après le conflit par l’armée française jusqu’à sa désaffectation survenue en 1956. Laissé à l’abandon, le fort est victime d’actes de vandalisme, avant d’être mis en vente dans les années 1970. Une association, l’Association pour la Protection et la Mise en Valeur du Fort l’Écluse, est créée en 1978 avec pour objectif de réaliser des chantiers de nettoyage, de petits travaux et des animations (son et lumière, spectacles,visites guidées, expositions artistiques, etc). En 1981, le syndicat intercommunal des dix-neuf communes du pays de Gex achète le site pour 50 000 francs.

COLMARS LES ALPES  (04) :

.Les communautés obtiennent dès 1385 le droit d’établir moulins et jardins sans autorisation et sans payer de cens, les pouvoirs de police du comte sont limités, une partie des lods et trézains sont abolis, les habitants des trois communautés sont exemptés de droits de passage pour leurs troupeaux transhumants et les marchandises qu’ils transportent dans tout le comté. De plus, ils peuvent transporter du sel sans contrainte. Enfin, les habitants peuvent construire des maisons en s’appuyant sur les murailles, percer celles-ci pour y établir des fenêtres ou des portes, aucune garnison ne sera installée sans l’accord des habitants et cela se fera aux frais des comtes, les habitants ont le droit de construire des fossés d’irrigation qui traversent les chemins, et enfin Charles III renonce au droit de vendre la seigneurie sur les trois communautés. Dans le cas contraire, et si les communautés se défendent, même les « armes à la main », aucune sanction ne sera prise contre elles et leurs habitants. En 1390, Raimond de Turenne incendie la ville, qui se consume entièrement mais se relèvera En 1692, suite à l’entrée du Duché de Savoie dans la Ligue d’Augsbourg, Louis XIV charge Vauban de revoir le système défensif de la ville. La vallée de l’Ubaye appartenant à M. de Savoie, Vauban en fermera les débouchés en créant de petites places fortes à Guillaume au débouché du col de la Cayolle, à Colmars au débouché du col d’Allos, et à Saint Vincent qui domine la confluence de l’Ubaye et de la Durance et les défilés du Lauzet. Plus en aval, il donne des projets pour Sisteron et sur le Var pour Entrevaux. Celui-ci délègue sur place les ingénieurs Niquet et Richerand. Le premier restaure l’enceinte médiévale et lui ajoute cinq tours bastionnées renforçant l’importance commerciale de la Cité. Richerand, de son côté, édifie deux forts détachés en amont et en aval de la ville le long du Verdon. Le fort du Calvaire au sud, actuel fort de France, est réalisé en 1693 et le fort Saint-Martin, actuel fort de Savoie, en 1695. En 1700, Vauban se rend sur place et critique la construction des deux forts. Il élabore de nouveaux plans pour la défense de la ville qu’il n’aura pas le temps de mettre en œuvre. En 1713, le traité d’Utrecht déplace la frontière franco-savoyarde et relègue Colmars en seconde ligne. À partir de la fin du XVIIIe siècle, l’enceinte est progressivement abandonnée et investie par les habitants qui occupent les chemins de ronde et ouvrent des portes et des fenêtres sur l’extérieur. Les dernières garnisons quittent la ville entre 1920 et 1930. Les remparts urbains et les deux forts ont été conservés intacts et sont classés au titre des Monuments historiques depuis 1923.

DIGNE (04) :

La présence de trois rivières (la Bléone, le Mardaric et les Eaux-Chaudes) en a fait un endroit idéal pour l’implantation humaine. Avant la conquête romaine, elle est la capitale des Bodiontici (ou Brodiontii) dont le nom est retrouvé sur le trophée des Alpes à La Turbie. La ville devient ensuite une cité romaine nommée Dinia au Ier siècle, puis Digna en 780. En 1589, à l’avènement d’Henri IV, les ultra-catholiques de la Ligue catholique prennent le pouvoir dans la ville, jusqu’en 1591. Cette année, la ville tombe devant les armées royales de Lesdiguières. La cathédrale, fortifiée par les défenseurs, est attaquée : elle est bombardée avec des catapultes, puis prise d’assaut. C’est aussi pendant cette période que les habitants s’emparent du château des évêques, sur le Rochas, et le détruisent, pour éviter qu’il ne tombe aux mains d’un parti ou de l’autre. Lors de sa visite dans les Alpes du Sud, en 1692, Vauban constate le démantèlement total fait par les habitants après la conquête du Château et de la Ville par Lesdiguières pour le Roi de France en 1591. Il imagine l’établissement de fortifications à Digne pour constituer la seconde ligne du Pré carré dans ce secteur mais ce projet restera sans suite. Immédiatement après la Libération, l’épuration commence. Le camp de prisonniers de guerre allemands compte jusqu’à 2 700 prisonniers. À partir du début de l’année 1945, de nouveaux convois de troupes passent par la ville en direction de la poche de résistance allemande de l’Ubaye. En 1974, la commune voisine des Dourbes est rattachée à Digne. La commune change de nom pour Digne-les-Bains en 1988.

SAINT VINCENT LES FORTS (04)  :

Sa situation sur un carrefour stratégique lui valut l’occupation piémontaise en 1690, lors du siège de Seyne. Envoyé en inspection dans les Alpes suite à l’invasion savoyarde, Vauban propose, dans un rapport daté du 25 décembre 1692, de bâtir une tour carrée à mâchicoulis entourée d’une enceinte bastionnée de faible ampleur, dans un rapport daté du jour de Noël 1692. Ce fort en forme de losange est percé d’une entrée au centre de la courtine sud-est. La porte est entourée de deux demi-bastions. Le fort est conçu pour accueillir une garnison de 80 à 100 hommes. Il est équipé d’une citerne d’eau de pluie, d’une boulangerie et d’une maison du commandant. Une seconde porte, équipée d’un hourd, perce le front nord. Chargé d’appliquer les plans de Vauban, l’ingénieur Richerand, directeur des fortifications du Dauphiné, les modifie, notamment le tracé de l’enceinte, afin qu’il s’adapte mieux au rocher. L’ouvrage est achevé en 1693. Cependant, Richerand constate que la route de Lauzet à Seyne-les-Alpes n’est pas visible du fort, en direction du col. Il décide donc d’édifier une tour ronde à galerie de bois de 300 mètres en avant du fort. Cet ouvrage, de très faible valeur militaire, sert surtout de poste de garde. Elle est achevée en 1696, en pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg, alors que la Savoie reste menaçante. Richerand projette également une enceinte pour le village.  En 1700, Vauban se rend sur place et déplore les modifications de Richerand. Il demande des corrections au niveau des escarpements et des embrasures et reprend le projet d’enceinte autour du village en dessinant un rempart à tours bastionnées semi-circulaires, et préconise la construction de casernes. Vauban projette l’ajout d’une seconde tour de guet, plus grande et plus éloignée. Faute d’argent, seules des corrections de détails sont réalisées. La tour supplémentaire et l’enceinte ne seront jamais réalisées, d’autant plus que l’Ubaye devient française en 1713, réduisant l’intérêt du fort de Saint-Vincent. Durant le XVIIIe siècle, le fort est abandonné. Il retrouve une certaine utilité militaire pendant la Révolution Française, ce qui justifie sa restauration sous la Monarchie de Juillet (1830-1848). Restauré et légèrement réaménagé au cours du XIXe siècle, le fort est finalement déclassé en 1880 et remplacé par deux autres forts et une batterie, situés à plus haute altitude. La tour a fait l’objet d’une restauration vers 2005-2010.

SEYNE LES ALPES (04) :

Seyne-les-Alpes reçoit ses premières fortifications vers 1220 sous les comtes de Provence qui bâtissent une tour, sur l’arête rocheuse qui domine la ville, et une enceinte. Au cours de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688 -1697), l’ingénieur Niquet renforce cette première enceinte entre 1690 et 1691 par des tours bastionnées. Après l’alerte plus sérieuse de 1692, c’est toute la frontière alpestre qui est révisée par Vauban. En tournée en décembre 1692, il demande la construction d’une citadelle incluant la Grande Tour. . Au cours de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), l’ingénieur Niquet renforce cette première enceinte entre 1690 et 1691 par des tours bastionnées. Vauban ne visite pas Seyne mais fournit un projet en décembre 1692. Il préconise d’intégrer la tour médiévale dans une citadelle, elle-même reliée aux remparts de la ville et courant le long de l’arête rocheuse. L’ingénieur Niquet a en charge l’exécution de son projet. La vallée de l’Ubaye appartenant à M. de Savoie, Vauban en fermera les débouchés en créant de petites places fortes à Guillaume au débouché du col de la Cayolle, à Colmars au débouché du col d’Allos, et à Saint Vincent qui domine la confluence de l’Ubaye et de la Durance et les défilés du Lauzet. Plus en aval, il donne des projets pour Sisteron et sur le Var pour Entrevaux. En 1700, Vauban visite Seyne et trouve la citadelle mal bâtie car trop étroite, mal flanquée, dépourvue de front bastionné vers l’extérieur, et construite sur un terrain schisteux et glissant. L’ingénieur, accompagné de Richerand, tente de corriger ces défauts mais sans grand résultat. Il hésite entre remplacer les tours bastionnées par des bastions, ou les reconstruire pour augmenter leur efficacité. L’ensemble du chantier s’achève en 1705. En 1722, la place est abandonnée, suite au traité d’Utrech de 1713 qui voit l’annexion de l’Ubaye. Durant l’été 1789, un sentiment de solidarité est né à l’intérieur des communautés et entre communautés voisines, et les consuls décident généralement de maintenir les gardes nationales sur pied. Aussitôt la peur retombée, les autorités recommandent toutefois de désarmer les ouvriers et les paysans sans terre, pour ne conserver que les propriétaires dans les gardes nationales. 

SISTERON (04) :

Rien ne reste du châtel, fait de tours et de palissades, du haut Moyen Âge. Le rempart supérieur, ou chemin de ronde, ponctué d’un puissant donjon remonte au XIIe siècle. Après les destructions subies au cours de celles-ci, Jehan Erard, ingénieur militaire de Henri IV adapte, de 1590 à 1597, deux enceintes successives au nord, et trois au midi, en un étagement d’ouvrages bastionnés auquel venait se souder le rempart enserrant la ville depuis le XIVe siècle. Au cours de ces travaux, Erard innove en imaginant un système de fortifications en « dents de scie » que devait, plus tard, reprendre et perfectionner Vauban (1633-1707). La face sud comporte quatre enceintes fermées de portes bien défendues, pour certaines par des ponts-levis. Celle du nord, trois seulement très remaniées au XIXe siècle. Ces ouvrages attribués à Jehan Erard sont plus sûrement l’œuvre d’un ingénieur venu d’Italie Jehan Sarrazin où l’art de fortifier était plus avancé que de ce côté des Alpes. La vallée de l’Ubaye appartenant à M. de Savoie, Vauban en fermera les débouchés en créant de petites places fortes à Guillaume au débouché du col de la Cayolle, à Colmars au débouché du col d’Allos, et à Saint Vincent qui domine la confluence de l’Ubaye et de la Durance et les défilés du Lauzet. Plus en aval, il donne des projets pour Sisteron et sur le Var pour Entrevaux Un siècle plus tard, en 1692, Vauban, après l’invasion de la haute vallée de la Durance par le duc de Savoie Victor-Amédée II, conçoit pour Sisteron un vaste plan de défenses intéressant la ville et la forteresse. À son arrivée, il découvre une forteresse en élévation, entourée de cimes d’où on peut la réduire à merci. Il projette tout de suite une série d’ouvrages. Pour la forteresse elle-même, il recommande de réhausser les courtines, de renforcer les portes d’accès et ordonne la construction d’un magasin à poudre à l’abri des tirs plongeants. De l’ambitieux projet, seul le magasin à poudre et le puits de cette dernière seront réalisés. De 1842 à 1860, le comté de Nice et la Savoie n’étant pas encore en France, d’ultimes travaux furent entrepris pour adapter la citadelle aux nécessités de l’époque et de la défense des frontières. Les ingénieurs qui en furent chargés suivirent les recommandations faites deux siècles plus tôt par Vauban : on releva les courtines ; on ouvrit deux portes charretières dans la face sud. Au nord, la deuxième enceinte fut remaniée, une citerne fut aménagée, et enfin on creusa le formidable escalier souterrain reliant la citadelle à la porte nord de la ville, elle aussi reconstruite.

TOURNOUX (CAMP RETRANCHE) (04) :

S’appuyant sur les places fortes construites par Vauban et sur les chemins aménagés durant les campagnes précédentes, Il est probable qu’avec son ami Catinat qui vient de faire toute la campagne de 1691 à 1692 et connait bien les débouchés du col de Larche, ils décident d’établir un grand camp retranché sur le plateau de Tournoux dominant la route menant au du col de Vars, mais aussi au point de départ d’un chemin menant à Embrun par le col du Parpaillon. Ce grand camp retranché de Tournoux fait l’objet de travaux d’aménagements et de mise en défense conduits par l’Ingénieur Richerand qui est en charge des places de Provence et mènera à partir de 1693, sur les instructions de Vauban, les travaux des places fortes de Colmars, Seyne et St Vincent. Il construira aussi quelques redoutes pour protéger l’accès du camp retranché de Tournoux. Les redoutes de Saint-Paul, Larche et Gleizolles, sont autant de « vedettes » avancées du camp de Tournoux : elles retardent l’avancée des « ennemis du Roy » et permettent aux bataillons de Tournoux de se mettre en ordre de combat pour garantir le contrôle de la vallée de l’Ubaye, alors terre savoyarde et enjeu majeur du contrôle des Alpes. Celle qui subsiste, restaurée par la suite par Berwick puis en 1891 par le Génie est constituée d’une Tour bastionnée triangulaire accolée à l’angle ouest d’une enceinte quadrangulaire ayant, à l’angle est, une sorte de bastion faisant office de caponnière. Le chemin vers le col du Parpaillon est également tracé à cette époque. Le traité de Ryswick (1696) mettant fin à la Guerre de la « ligue d’Augsbourg », restituera la vallée de Barcelonnette au duc de Savoie, les français quitteront la vallée et les travaux en resteront là. Ce n’est qu’en 1709 durant la guerre de « Succession d’Espagne » que le Maréchal de Berwick fera reprendre les travaux, la valeur stratégique de cette position n’ayant pas changé.  Le camp est renforcé par des redoutes construites entre 1693 et 96 et qui étaient laissées à l’abandon.  Reprenant les travaux de campagne effectué par Catinat une dizaine d’année auparavant, Berwick fit remettre en état trois redoutes dont une seule subsiste en bon état mais dont on peut encore voire les structures de deux d’entre elles. Des retranchements de campagne en pierres sèches sont aménagés sur le plateau de Tournoux et les redoutes sont achevées. Il y en aura sept au total. Une fois aménagé, ce camp devient plus d’un siècle une base arrière quasi permanente, dans lequel ne stationne jamais moins de 10 bataillons et parfois 16 soit environ 10 000 hommes. Aujourd’hui, il ne reste pas de témoignage visible du camp retranché. Par contre, il demeure une redoute de Berwick en bon état et deux autres ruinées

BRIANCON (05) :

De 1343 à la Révolution, la région est en effet organisée en une fédération de cinq Escartons, territoires disposant de prérogatives particulières (exemptions de redevances, liberté de la personne et des biens, privilèges économiques, liberté de réunion et élection de représentants), qui ont subsisté au rattachement du Dauphiné de Viennois à la France, le tout contre un don de 12 000 florins et une rente perpétuelle. La charte est encore conservée à la mairie de Briançon écrite sur un parchemin de 1,60 m par 50 cm. Les habitants de Briançon bénéficient du statut de franc-bourgeois : bien que non-nobles, ils sont libres de toutes les contraintes imposées aux serfs, et rendent un hommage au Dauphin quand celui-ci ou le gouverneur du Dauphiné l’exige. C’est ainsi que le four banal devient communal cette année-là.  Vers 1344-1345, le bourg de Briançon comporte un mur d’enceinte percé de trois portes (porta Superior, porta Meana et porta Inferior) ; à l’intérieur, se trouvent quatre quartiers et, entre autres éléments, la maison delphinale, le four, un beffroi d’alarme, la halle du marché, la maison des banquiers lombards et trois fontaines. Le grand Béal, le canal qui coule au milieu de la Grand-rue, alimente les fontaines et sert à la lutte contre les incendies, est construit en 1345. Briançon est rattachée au Royaume de France en 1349 avec le reste du Dauphiné, par le traité de Romans, passé entre le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, et le roi de France Philippe VI.  En 1370, l’enceinte de la ville, qui n’était formée que par les maisons particulières, est renforcée : on bouche les ouvertures des maisons qui se trouvent au rez-de-chaussée, on colmate les rues et les interstices entre les maisons, on creuse des douves, et des tours sont construites, adossées aux maisons. Prospère, la ville forme une communauté formalisée avec les hameaux alentour (rassemblés sous le terme de « tierce »), le 4 mars 1382. En 1624, un incendie survient en plein hiver, alors que l’eau du Béal est gelée. Il dure cinq jours et détruit 80 % de la ville. À cette époque, et malgré les franchises accordées aux Escartons, la gabelle est instaurée depuis 1674. À cette époque, grâce à la politique de la ville qui finance deux maîtres d’école à l’année, plus de 85 % des hommes sont alphabétisés. Le 26 janvier 1692, un autre incendie est encore plus destructeur, à cause des grands approvisionnements qui avaient été stockés en ville par l’armée : seuls quelques maisons, le couvent des cordeliers, le grenier à sel et l’hôtel du vibailli subsistèrent. Il faudra une dizaine de jours avant que quiconque puisse accéder aux ruines.  En raison de sa situation proche de la frontière avec le duché de Savoie, Briançon devient une ville militaire. En 1689-1690, durant le règne du roi Louis XIV, une nouvelle enceinte est construite par Hue de Langrune. Cette même année, le ralliement du duché de Savoie renforce la ligue d’Augsbourg. Durant l’été 1692, le duc Victor-Amédée II de Savoie dirige une campagne en Dauphiné méridional, prouvant que les montagnes ne font pas barrage. Après avoir pris et pillé Embrun (16 août), il ravage les environs, mais malade, il ne s’attaque pas à Briançon. Vauban rédige un projet d’améliorations des fortifications la même année.  Vauban est à nouveau en tournée en 1700 sur la frontière des Alpes pour améliorer les systèmes défensifs, et, en collaboration avec les meilleurs ingénieurs militaires et les plus grands généraux, il fait renforcer et améliorer les fortifications de la ville et enclenche la construction d’une ceinture de forts autour d’elle pour la défendre, exploitant le relief des montagnes pour occuper les points-clefs permettant d’en surveiller les accès. Il dote également Briançon de casernes, apaisant ainsi les craintes de la population provoquées par les passages dévastateurs des gens d’armes. En 1713, le traité d’Utrecht rapproche la frontière au col du Montgenèvre, qui est de plus lourdement taxé par le duc de Savoie. Le commerce est détourné durablement de la ville. La ville étant devenue une ville frontière, le marquis d’Asfeld construit une ceinture de forts de 1721 à 1734, reliés entre eux notamment par le pont d’Asfeld : fort des Trois Têtes, fort du Randouillet, fort Dauphin, fort d’Anjou, redoute du Point du Jour et la communication Y. Pour des raisons économiques, Briançon tenait à son caractère de ville de garnison qui s’affirme en 1890, lorsque le 159e régiment d’infanterie alpine y est envoyé. Il devient alors le régiment de la ville. Un siècle plus tard, en 1994, est créé au sein du 159e RIA le Centre national d’aguerrissement en montagne. Celui-ci avait pour mission d’entraîner les formations d’infanterie françaises et étrangères dans un milieu naturel difficile, d’assurer l’instruction spécifique en montagne et le soutien des stages en altitude d’organismes de l’armée de terre ou interarmées. Le CNAM ferme définitivement en 2009 à la suite de la restructuration des armées de 2008. La ville devient station de ski en 1990.

EMBRUN (05) :

L’archevêque-prince d’Embrun était primitivement seul maître de la ville ; le comte de Provence en 1160, le Dauphin en 1210 et 1247, héritiers du comté d’Embrun, lui imposèrent un condominium et opposèrent au beau donjon carré du prélat, la Tour Brune, un château hors des murs, sur le roc, dont il ne reste que la base d’une tour du XIIIe siècle, la construction des fortifications bastionnées ayant occasionné la destruction du reste. Au XVIIe siècle, Embrun dispose ainsi d’une double enceinte qui est équipée de neuf bastions et d’une demi-lune. Cette enceinte ne suffit pas en 1692 à repousser les attaques du duc Victor-Amédée de Savoie, pendant la Guerre de la Ligue d’Augsbourg. Assiégée, Embrun est prise et sinistrée. L’année suivante, Vauban la visite et rédige un mémoire pour la défense de la cité. Ce mémoire comporte un projet d’amélioration qui consiste principalement à ajouter des tours semi-circulaires à créneaux le long de l’enceinte. Ces tours, destinées à l’artillerie, auraient atteint près de vingt mètres de hauteur totale. Un second projet plus important est rédigé la même année. Il devait remplacer le premier au cas où Mont-Dauphin ne serait pas réalisée. Le premier projet n’a été réalisé qu’en partie. Les difficultés financières de la fin du XVIIe siècle ne permettaient pas de tout réaliser. En 1791, les ingénieurs de la Révolution proposent un projet de lunette d’Arçon, resté inappliqué. Il ne subsiste que deux vestiges du passé fortifié d’Embrun : une tour médiévale dite Tour brune et l’hôtel des Gouverneurs, situé rue de la Liberté. Le reste des fortifications a été démantelé à partir de 1882 pour percer des boulevards urbains et construire une gare ferroviaire. Le plan relief de 1701 et restauré en 1783 et 1792, réalisé au 1/600e, est aujourd’hui conservé au musée des Invalides de Paris