FRONT DE MER : MÉDITERRANÉE

ANTIBES (06)

ANTIBES ENCEINTE URBAINE

Vauban fait une première visite à Antibes date de 1682. Il vient inspecter les travaux de son ingénieur Niquet sur l’enceinte urbaine. Il s’agit de renforcer la première place face à la frontière du Var et à Nice qui à l’époque était une place forte considérable sans cesse renforcée par le duc de Savoie ; Vauban a toujours considéré que « la place de Nice et tout le comté de Nice sur lequel le Roi a des droits très bien établis conviennent parfaitement à la France par la raison que ce pays, dans toute son étendue partage les sommets des plus hautes Alpes avec le Piémont, qui sont les bornes naturelles de la France du côté de l’Italie, telles que Dieu les a créées et qu’elles devraient être à notre égard. D’ailleurs cette place et le port de Villefranche conviennent à notre frontière comme les doigts de la main, si bien que l’ennemi ne pourrait jamais rien entreprendre de considérable sur la Provence s’il n’est maitre de Nice et de Villefranche ». Il pressent qu’il faut doter cette place frontière d’un port, tout comme, à l’autre bout de la côte méditerranéenne en Roussillon, il contribuera à créer Port-Vendre. Il développera et renforcera cette enceinte urbaine en ajoutant trois demi-lunes et trois cavaliers de terre à l’enceinte de quatre bastions des frères de Bonnefond. Les travaux seront conduits par l’ingénieur Niquet. Le port est désormais englobé dans le système de défense et sera creusé à partir de 1680. Vauban conçoit pour Antibes des projets encore plus importants prévoyant de relier le Fort Carré à la ville par une grande enceinte bastionnée qui ne sera pas réalisée faute de moyens financiers. Ce renforcement d’Antibes portera ses fruits puisque la ville assiégée à deux reprises par terre et bombardée par mer en 1707 et en 1747 ne se rendra pas. La population demanda alors l’arasement des remparts, afin de ne pas bloquer le développement de la ville trop à l’étroit dans ses murs et qui entendait profiter de l’essor naissant du tourisme. Ceci sera fait entre 1895 et 1900.

ANTIBES (06)

ANTIBES FORT CARRE

Le fort est construit autour de la tour de St Laurent (1550-1553), d’un diamètre intérieur de 23 m et d’un diamètre extérieur de 32 m. Les murs en sont très épais (environ 4,5 m) et la hauteur totale de la tour est de 20 m, ce qui lui permet de voir loin et de surveiller la baie des Anges, l’embouchure du Var et les sorties de la ville et du château de Nice. Les quatre bastions sont de forme très pointue (angle de 40 et 47°) pour offrir moins de prise à l’artillerie des vaisseaux attaquant ou des batteries de terre d’un assaillant. La distance entre chaque bastion est de 70 mètres et l’épaisseur des murs de 2 mètres aux embrasures. La garnison en temps de paix est de 50 hommes et de 200 en temps de guerre soit deux compagnies de l’époque. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont réservés au logement des troupes. De nombreux magasins servent aux approvisionnements. Une chapelle desservie par un aumônier existe dans le fort. Celui-ci est équipé d’une citerne de 60 M3. La maison du Gouverneur est construite sur l’une des faces du bastion d’Antibes. La construction de ce « Fort Carré » représente une puissance formidable pour l’époque et constitue la réponse du Royaume de France aux fortifications savoyardes contemporaines du Mont-Alban, de la citadelle de Villefranche et du château de Nice. Sa conception est due aux ingénieurs Saint- Rémy puis de Bonnefonds ; Ces travaux seront repris dans la seconde moitié du XVIIème siècle par l’ingénieur Antoine Niquet sous la direction de Vauban qui vient à Antibes pour la première fois en 1682. Il y reviendra lors de ses deux grands voyages d’inspections dans les Alpes en 1693 et en 1700.  Vauban ajoutera à ce fort, des dehors mais ne pourra pas réaliser toutes les améliorations prévues. Tel quel, l’ensemble formé par le Fort Carré et l’enceinte urbaine d’Antibes fera preuve de son efficacité en résistant en 1707 d’abord, puis durant 57 jours en 1747, aux assauts conjugués des troupes austro-savoyardes et aux bombardements des flottes hollandaise et anglaises. Le rattachement du Comté de Nice à la France en 1860 amena le déclassement de la place.

ANTIBES BATTERIE DU GRAILLON

Ce lieu est stratégique car de ce promontoire, on peut interdire tout débarquement sur les plages de ce qui est aujourd’hui Juan les Pins, ce qui aurait permis à une flotte ennemie de séjourner dans la rade abritée du « Gourjean » et de mettre à terre un corps de débarquement et de l’artillerie de siège, pour investir ensuite la place d’Antibes située à moins d’une lieue. Son importance n’est pas moindre pour interdire l’entrée dans cette rade par la grande passe Est, à condition de pouvoir croiser les feux avec la batterie située devant l’îlot de la Tradelière à l’extrémité est de l’Ile Sainte Marguerite. Il semble qu’une tour à canons ait été construite au Graillon sous Richelieu. A cette période, de Toulon à Antibes, et après la descente des flottes espagnoles aux Iles de Lérins, on mettait en place des batteries côtières d’interdiction des rades les plus abritées contre le Mistral ou le Ponant qui on l’a vue pouvait en une journée compromettre les opérations de débarquement. Cette tour est décrite comme devant pouvoir loger 25 hommes et 6 pièces de canon. Vauban prescrit divers aménagements de la tour et des batteries du Graillon. Elle comporte une redoute, une batterie de 6 pièces de 36, un magasin à poudre et un four à rougir les boulets.  Les anglais la feront sauter pendant les opérations de siège de la place d’Antibes, durant la guerre de Succession d’Autriche en 1747. En 1862 de la tour est restaurée avec un réduit de batterie directement transformé en magasin ; le corps de garde ressemble à un réduit de batterie 1846 avec toiture à deux pentes. Ces fortifications seront déclassées à, la fin du XIXè

CANNES (06)

CANNES FORT DE SAINTE MARGUERITE 

Appartenant aux Îles de Lérins, face à la ville de Cannes, l’île Sainte-Marguerite est dotée d’une forte valeur stratégique depuis l’Antiquité. La première fortification est remplacée par un château médiéval jusqu’au XVIe siècle. En juillet 1524, les Espagnols débarquent une première fois sur l’île de Sainte-Marguerite pour bloquer le port de Cannes. Ils reviennent le 14 septembre 1535 et édifient de nouvelles fortifications autour du château primitif. En 1617, le duc de Guise charge Jean de Bellon de réaliser la construction d’un fort destiné à verrouiller l’accès à Cannes. Édifié de 1624 à 1627, sur l’emplacement des fortifications précédentes, il ne s’agit alors que d’une modeste maison fortifiée. Ce petit ouvrage est agrandi et renforcé par les Espagnols qui occupent l’île des Lérins à partir de 1635. Ils y construisent deux bastions et les premières casernes. En 1637, les Français reprennent les îles des Lérins et donnent à la Citadelle le nom de fort Royal. L’ouvrage est renforcé : les fossés sont approfondis, les courtines surélevées et deux demi-lunes sont reliées au fort par des passerelles surélevées. En 1682, Vauban propose des modifications pour le fort qui seront appliquées par l’ingénieur Niquet, ingénieur général des fortifications du Dauphiné, du Languedoc et de Provence. Après un 1er projet de 1682, non réalisé, Vauban propose un ensemble d’améliorations en 1692, puis de nouveau en 1700. Certaines sont réalisées sous la direction de Niquet, entre 1693 et 1700 : Le chemin-couvert est refait, de même que les demi-lunes et les contrescarpes, nouveau magasin à poudre, achèvement de la partie supérieure de la porte Royale, avec à l’étage un pavillon couvert d’un toit, servant de corps de garde. À l’issue de tous ces chantiers le fort Sainte-Marguerite présente son aspect actuel : celui d’un pentagone bastionné irrégulier doté de trois fronts côté terre. Ceux-ci comportent trois bastions et un demi-bastion, deux demi-lunes, des fossés secs, des places d’armes rentrantes et une place d’armes sortante, une contrescarpe et un chemin couvert à traverses, une citerne, un magasin à poudre. . Deux portes permettent l’accès : la porte Marine à l’ouest protégée par un redan, et une porte dans le front sud-est : la porte Royale. Le front de mer est défendu par une muraille. À l’intérieur, quatre casernes (Saint-Hilaire, Saint-Honorat, Saint-Macaire et Saint-Urbain) ont été construites d’après le plan-type imaginé par Vauban. On y trouve aussi un puits, une maison du gouverneur, des logements pour les ingénieurs, le curé et le major, des magasins d’artillerie, une chapelle et une boulangerie. Le magasin à poudre principal se trouve dans le bastion sud, dit bastion Royal. Les nouvelles prisons construites après 1692. Le fort actuel de forme pentagonale est dans l’état prescrit par Vauban. On y entre par la porte Marine, on passe entre les casernements pour la troupe et les officiers, on longe la terrasse ponctuée de guérites offrant une vue magnifique sur la rade de Cannes et sur celle de Golfe Juan. En 1693, Vauban préconise des travaux complémentaires sur la place. A l’à-pic sur la mer, les prisons ont été construites après la visite de Vauban en 1693. Le 5 novembre 1703, Antoine Niquet écrit dans une lettre «… il y a bien d’autre chose à faire à cette place pour la mettre en état de deffence mais à quoy bon ?… elle ne garde ni port ni rade… elle n’est par conséquent bonne à rien, son entretien, sa garnison sont à charge de l’État». Ces prisons ont eu à travers les siècles comme prisonniers, des pasteurs protestants, l’homme au « masque de fer », Jouffroy d’Abbans inventeur du premier bateau à vapeur enfermé là par sa famille sur lettre de cachet, la famille d’Abd el Kader et le maréchal Bazaine qui s’évadera dans des conditions rocambolesques.  Cette vocation perdure jusqu’au XXè. Sous Louis Philippe et Napoléon III, un réduit de batterie modèle 1846 fut construit à la pointe de la Tradelière, afin de protéger les batteries qui croisaient leurs tirs avec la batterie du Graillon au cap d’Antibes pour défendre l’entrée Est de la rade de Golfe Juan. Celle-ci était en outre défendue par le fort de la Croix, élevé sous Louis XIII face au Fort Royal, pour en interdire l’entrée Ouest, le fond de la rade étant lui défendu par les batteries de la pointe Fourcade et de la Gabelle.. Le fort et l’île sont classés au titre des Monuments historiques. Le plan relief de l’île et du fort réalisé au 1/2200e (échelle du fort 1/1174e), construit en 1728 et restauré en 1816 et 1920, est exposé au musée des Plans-Reliefs de Paris.

CANNES RISBAN DU GOURJEAN RADE DE CANNES (projet) :

Dans son rapport daté du 9 mai 1682, adressé à Louvois, Vauban écrit : « J’ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je passasse en m’en revenant aux Iles Ste -Marguerite et St -Honorat afin de vous rendre compte de l’état de leurs fortifications. En passant j’ai traversé la rade du « Gourjean » extrêmement estimée de tous les gens de mer, aussi est-elle très belle, grande, spacieuse et abritée comme un port. Il parait un petit écueil dans le milieu qui en fait comme le centre où je ne pus aller parce qu’il faisait trop de mer, mais j’ai chargé Corneille d’en prendre le plan et de sonder l’alentour et de lever une carte de toute la rade bien au juste parce que, si on pouvait bâtir une tour de 8 à 10 toises de diamètre sur cet écueil ,en rétablir deux ou trois qui furent autrefois démolies sur les petits corps avancés du rivage, l’effet de tous ces petits postes joins à celui du Fort Ste Marguerite feraient un feu croisé de canons sur toute la rade qui la rendrait assurée comme un port». Lors de son passage dix ans plus tard le 8 mars 1693, Vauban y revient : « J’ai traversé le « Gourjean » dont j’ai visité le milieu et les environs ; je connais présentement assez bien cette rade pour pouvoir ( quand il plaira au Roi) bâtir un « Risban » dans le milieu et des tours et batteries à deux ou trois endroits des environs moyennant quoi le mouillage en sera interdit à tous les vaisseaux ennemis ». Plus tard il écrira encore « la rade du « Gourjean » est une dépendance d’Antibes qui peut beaucoup contribuer à la bonté de cette place et à la fermeté de nos armées en nous en rendant bien les maitres comme je crois très possible de le faire, ainsi que vous le pourrez voir par son projet dans lequel sont marqués toutes les croisés du gros canon tiré à peine plus de demi-volée». « Ledit projet se compose de son mémoire et de 8 feuilles de dessins dont la première contient le plan de la rade. Le dossier comprend le plan de l’une des deux grandes batteries avec tous les étages de la tour, les profils de la batterie, de son fossé du côté terre et des mesures chiffrées de toutes les mesures requises à leur construction, les plans et profils de l’une des batteries de mer elle peut servir à toutes les deux. L’ensemble, signé de la main de Vauban, le projet de « risban », sorte de tour à canon situé au centre de la rade sur un récif appelé aujourd’hui « la Fourmigue » comme Vauban en a construit au même moment à St Malo (fort de la Conchée). Ce projet restera sans suite

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